L'énergie est un problème complexe. La plupart du temps, on en reste bêtement à considérer sa facture, sans prendre en compte le reste de la chaîne énergétique. C'est pourtant une vision d'ensemble qui pourrait conduire à revoir les choix énergétiques de notre beau pays.

Prenons le cas de l'électricité. Une centrale nucléaire, en fait, c'est une grosse cocotte-minute : on chauffe de l'eau avec l'énergie tirée de l'uranium. Cette eau se transforme en vapeur, et la pression engendrée actionne une turbine qui produit l'électricité. Le rendement des meilleurs centrales de ce type est impressionnant : 34%. C'est ridiculement bas. Mais ce n'est pas fini ! Car une fois cette énergie produite, il faut l'acheminer, via les câbles électriques, jusqu'à votre équipement. Et cet acheminement coûte cher, très cher, en pertes énergétiques... On l'estimait en 2005 à 5% de ce qui sortait des centrales électriques. Ce n'est donc pas 34% de rendement de la centrale qu'il faut considérer, mais bien 32,3 % en réalité. Autrement dit : chaque fois qu'un radiateur électrique de 1 kW fonctionne pendant 1H, c'est en réalité 3kW qui sont consommés en "énergie primaire". Seul point positif de cette énergie en tant que moyen de chauffage : son rendement parfait une fois arrivé au domicile de l'usager : un convecteur de 1kW rend effectivement 1kW de chaleur. Mais globalement, c'est le rendement le plus bas de toutes les formes de chauffage qui existent à ce jour ; c'est donc le choix de la France, réaffirmé par notre cher Nicolas lors de sa campagne, le même qui a signé le Pacte Ecologique. Rendons quand même à César ce qui appartient à Jules : ce choix est en grande partie un héritage des 2 chocs pétroliers du XXième siècle, et il faudra une ambition nettement plus pérenne qu'une simple législature pour changer les choses à ce niveau.

En face, le fioul qui pue et le gaz, qui apparaissaient de prime abord comme deux mauvais choix, se présentent finalement comme des alternatives crédibles : aucune perte de capacité énergétique pendant le transport : les seuls postes annexes à prendre en compte sont l'extraction (qui va devenir de plus en plus difficile, donc de plus en plus coûteuse et le transport. Ensuite seul le rendement de votre chaudière va conditionner les pertes liées à la combustion. Avec un Pouvoir Calorifique Inférieur de 9,96 kW / litre, le fioul était bien placé avant que les spéculateurs ne se cassent les dents sur les subprimes, et décident de miser sur le pétrole afin de faire supporter leurs pertes par le consommateur. Aujourd'hui tout est remis en cause.

Aujourd'hui, et malgré un équipement de qualité honnête (chaudière fioul de 1995 au rendement de près de 95%), il faut penser à un changement d'énergie : les augmentations ne peuvent que se poursuivre, avec des conséquences très nettes sur notre porte-monnaie. Demeure alors la question du choix. Plusieurs alternatives s'offrent à nous : électricité, gaz, changement de chaudière fioul pour un modèle plus performant, bois, solaire, etc... Avec même parfois des crédits d'impôts à la clef !

Le chauffage électrique est aujourd'hui dominé par 3 types d'installations :

  • les convecteurs classiques, pas chers, mais au confort douteux et qui assèchent très vite l'air ambiant. rendement global très mauvais, nous l'avons vu plus haut.
  • les convecteurs évolués, type radiants ou "rayonnants" ; le confort procuré est proche du chauffage central, mais le rendement reste très mauvais.
  • les pompes à chaleurs, très très chères, bénéficiant du support d'EDF (devenue entreprise privée ne l'oublions pas) et dont le coût réel d'utilisation reste très éloigné de ce que les brochures promettent. Aujourd'hui on peut les adapter sur presque toutes les installations existantes, avec un rendement plus ou moins bon ; mais globalement, dans le meilleur des cas, on rattrape au niveau du client ce qui est perdu en amont par le mode de production (la centrale divise le rendement par 3, vous récupérez avec votre pompe ce qu'EDF a perdu, en le piquant dans votre environnement).

Avec la dérèglementation prochaine des tarifs de l'électricité, il faut prendre en compte un augmentation quasi-certaine du kW EDF, avec une stabilisation problable au niveau des concurrents européens : environ 30% au-dessus de ce qu'on connaît actuellement, à l'horizon de la prochaine décennie. La seule solution encore "moins pire" au niveau écologique reste la pompe à chaleur. Mais avec des conséquences difficiles à évaluer écologiquement parlant, compte tenu du mode de production majoritairement nucléaire de l'électricité en France, et un rendement global de 1 seulement, et non de 4 ou 5 comme les pubs laisseraient à penser !

Le choix du fioul et du gaz reste subordonné aux aléas du marché actuel : chaque fois qu'un ténor des marchés boursiers trébuche, c'est le consommateur qui paie la facture. Même les chaudières de nouvelle technologie (à condensation) qui permettent des gains substanciels ne peuvent mettre à l'abri de ces fluctuations. De plus les déchets de combustion du fioul restent très polluants, et il s'agit d'une énergie fossile. Quitte à investir, je préfère ne pas retomber dans ce type de dépendance.

Le choix du solaire est par contre beaucoup plus intéressant... Il existe une panoplie de technologies permettant tout ou presque : des panneaux photovoltaïques pour la production électrique aux capteurs à fluide pour prendre le relais d'une chaudière lorsque le temps le permet, tout est possible ou presque. Le solaire thermique par exemple, peut être extrêmement intéressant couplé à une installation de chauffage central existante : le soleil chauffe des panneaux en verre dans lesquels circule en permanence un liquide qui vient réchauffer les radiateurs. En gros : le panneau prend la place de la chaudière la majorité du temps, celle-ci ne venant en appoint qu'en cas de grand froid. Mais il y a un revers à la médaille : en été cette accumulation de chaleur peut poser problème : il faut être capable de la décharger afin de ne pas mettre le système en surchauffe. Il s'agit donc d'installations complexes, dont l'efficacité est réelle, et dont le coût d'exploitation est totalement indépendant des marchés financiers : le soleil, pour l'instant c'est gratuit (je dis pour l'instant, car je suis persuadé que la généralisation de tels équipements donnerait imanquablement lieu à taxation). Même constat pour les panneaux photovoltaïques, je ne détaille pas. Mais pour pouvoir bénéficier de ce système, il faut avoir une maison dont l'orientation se prête au jeu, ce qui n'est pas mon cas. Je laisse donc de côté toutes les solutions de chauffage solaire ou de chauffe-eau solaire, mal adaptées à ma situation [1].

Dernière solution à étudier : le chauffage au bois. Aujourd'hui il existe de nombreuses solutions pour se chauffer avec des énergies renouvelables, et le bois prend de nombreuses formes : les antiques chaudières des années 50 ont laissé la place à des appareils au rendement bien meilleur, avec des systèmes de stockage d'énergie qui permettent enfin d'éviter les pics de températures inhérents aux cycles de chauffage du bois-bûche. On accole un ballon d'eau de 1500 ou 2000L à la chaudière, on mets celle-ci à pleine charge, et le ballon stocke l'énergie, qui sera ensuite envoyée selon les besoins dans les radiateurs via une régulation électronique : le confort du fioul avec des bûches. Bien entendu tout n'est pas rose : reste le problème du stockage du bois, de la charge journalière de la chaudière, et le décendrage régulier. Mais globalement le système n'a plus rien à voir avec ce qu'on connaissait encore il y a 20 ans. Malgré tout là non plus cette solution n'est pas pour nous : souvent absents pour 2/3 jours, et souffrant de problèmes dorsaux qui ne me permettant pas de jouer au bûcheron bien longtemps, j'ai dû laisser de côté cette idée.

Mais le bois prend aujourd'hui de multiples formes, et les chaudières bois peuvent aujourd'hui être automatiques ! En effet, les solutions à base de granulés de bois (de la sciure compactée) ou encore de plaquettes forestières (résidus des tailles et élagages) permettent un confort identique à celui du fioul, pour un prix actuellement nettement inférieur (ne nous voilons pas la face, là aussi ça va monter). C'est cette solution que nous avons retenu : elle permet de conserver notre installation existante (pas de changement de radiateurs, le stockage des granulés sera fait par mes soins en lieu et place de l'actuelle cuve de fioul), et côté écologique c'est sans commune mesure avec le reste : le bois stocke le CO2 lors de sa croissance, et le libère une fois mort. 2 option donc : laisser le bois pourrir en forêt et libérer son CO2 tout seul comme un grand, ou le brûler dans ma chaudière, et libérer son CO2 en récupérant des calories au passage. Bilan CO2 de l'opération : neutre. Côté économique, il est plus que probable que le coût de cette énergie suivra la même évolution que celle du fioul, mais on peut espérer qu'elle reste inférieure. Et cette solution présente également un ultime avantage : les emplois générés par ce commerce restent locaux (peu d'intérêt d'aller chercher la sciure à l'autre bout du monde). Quitte à payer, autant faire travailler les gens du coin ?

Nous nous sommes donc arrêtés sur cette solution, et avons entamé la consultation des professionnels. Mais ce marché est encore jeune, et il est difficile de trouver du monde avec des références. Si par hasard un de mes lecteurs tournait avec une installation de ce type (granulés ou plaquettes) en Haute-Vienne ou pas trop loin, je serais plus qu'heureux de visiter son installation et /ou d'avoir un retour d'expérience sur le sujet !

Quelques références pour finir :

Notes

[1] A noter que les vendeurs de ces solutions n'y voient aucun problème : "mon bon monsieur, c'est simple : doublons le nombre de capteurs" ! Vous l'avez deviné : la facture double aussi, et le rendement global reste mauvais. Donc non.