Le WIFI, c'est super : ça permet de faire balader le réseau informatique partout dans la maison, sans tirer de câble. Enorme progrès n'est-ce pas ?

Lorsque j'ai commencé à travailler, voilà bientôt 10 ans, ça n'existait pas encore. Mon quotidien était partagé entre un réseau "moderne", basé sur une architecture en étoile et du RJ45, et un vieux réseau vétuste, en bus, basé sur du BNC 10M (le gros câble jaune). Ce dernier était particulièrement sensible aux pannes : une simple torsion du câble constituant le réseau pouvait suffire à couper le réseau en deux ; une table qui bouge, un étudiant un peu turbulent, et une salle entière pouvait se figer. De plus le débit n'atteignait que rarement les 10 Mb, et globalement ça restait une architecture très fragile. J'ai pu faire remettre à niveau ce réseau rapidement après mon arrivée, heureusement ! Tout mon réseau est maintenant basé sur du RJ45, en 100 Mb : ça marche bien, une panne n'isole qu'une seule machine, et les performances sont franchement au rendez-vous. Schématiquement, nous sommes passés d'une architecture où 60 postes se partageaient un média autorisant du 10 Mb, à une topologie où chaque poste bénéficie de 100 Mb en full-duplex avec davantage de sécurité [1]. Bref, nous voilà enfin sortis de la préhistoire. Du moins le croyais-je à l'époque...

Début 2004, François Fillon, en grande forme, fait une conférence de presse pour annoncer, dès septembre 2004, l'accès à internet gratuit et illimité pour tous les étudiants des universités françaises. Formidable. Dans les services informatiques c'est le bronx : personne n'était au courant de cette idée, aucun budget n'a été prévu pour une opération d'une telle ampleur, et, emporté par son enthousiasme, notre cher ministre de l'éducation en a même oublié les détails qui font la joie des services financiers de nos institutions : les appels d'offres et leurs délais règlementaires [2]. Bref : M. Fillon voulait y croire. Il avait raison : après avoir appris par la presse, comme tout le monde, en quoi consistait le projet, les universités se sont mises au boulot, et effectivement, à la rentrée, quelques bornes était planquées de-ci de-là près des machines à café. La grande foire du wifi pouvait commencer...

Cette technologie n'est apparue qu'à la toute fin du siècle dernier, avec la mise sur le marché de la technologie Airport, d'Apple. Le monde PC a dû attendre 2003 et la normalisation par Intel du tout-en-un communiquant, via la plate-forme Centrino. La préhistoire est de retour. Nous sommes en effet revenus à une technologie de partage de média. Mais, pire, alors que les vieux réseaux BNC garantissaient bon gré mal gré un débit acceptable, le wifi n'en est même pas capable. En effet la borne s'adapte toujours au client le plus lent. En clair, une borne vendue pour un débit max de 54 Mb, et fonctionnant avec 3 clients dont un, éloigné, n'est joignable qu'à 2 Mb, obligera tout le monde à fonctionner à 2Mb, en partageant cette valeur par le nombre de clients. Inefficace, et limite mensonger dans la mesure où il reste rare de voir ces appareils fonctionner réellement à leur débit nominal (leur intérêt résidant justement dans le fait qu'ils permettent de séloigner du point d'accès, avec la perte de performance que l'on connaît). Bref, techniquement, le wifi, c'est franchement mauvais : pour 2 fois plus cher qu'un switch 100 Mb vendu avec quelques câbles, on arrive à diviser le débit par 10 ou 30 ; dans ces conditions pourquoi s'en priver ? Parce que c'est *pratique*. Plus besoin de tirer un câble, plus de fil à la patte (vos pc ne marchent pas au jus de tomates ?). Bref, des arguments de poids qui ont même convaincu les FAI français d'intégrer cette technologie du futur dans leurs box.

Côté santé, aucune étude vraiment sérieuse n'a été menée sur les effets à long terme de l'exposition à ces micro-ondes ; et pour cause : une étude épidémiologique ne peut être menée qu'avec du recul. Or la technologie est trop récente, tout simplement : les rapports ne peuvent donc que conclure à l'absence de preuve de risque (à ne pas confondre avec l'absence de risque !). Tout ce qu'on sait, c'est que la puissance d'une borne wifi est inférieure à celle d'un téléphone portable. De nombreuses études indépendantes prouvent pourtant que ce dernier présente un réel danger pour la santé. Mais ces études sont majoritairement effectuées par des chercheurs sans aucun lien avec industriels, ce qui permet à ces derniers de mettre en doute les résultats. Cerise sur le gâteau, les gouvernements, très à l'écoute de ces acteurs importants de l'économie numérique, semblent mettre un point d'honneur à ne prendre en référence que les rapports dignes de confiance : ceux commandés par l'industrie. Etonnamment, ces derniers restent invariablement rassurants. D'ailleurs les appareils conçus de par le monde respectent tous les normes...

Intéressons-nous alors rapidement à ces fameuses normes... Elles sont fixées par décret, tout simplement. Mais si vous pensez que ces valeurs sont choisies pour assurer votre sécurité, vous vous trompez lourdement... Par exemple, la valeur de la puissance maximale autorisée pour une borne wifi est fixée par le décret 2002-775. Comme son numéro l'indique, ce dernier a été publié en 2002, soit bien après l'introduction des bornes sur le marché. C'est Lionel Jospin, dans sa dernière semaine d'exercice du pouvoir, qui a signé un paquet de trucs, dont ce texte. Coup de bol, ce dernier fixe comme puissance maximale celle des appareils qu'on trouvait en magasin à cette période. En clair, la loi ne protège pas le consommateur, mais bel et bien l'industriel : il est maintenant couvert par la loi, et ne pourra jamais être tenu responsable de votre cancer / leucémie ou autre saloperie que vous pourriez attraper par dizaines de milliers... Mais ce wifi-là n'allait pas encore assez vite ni assez loin (avec en ligne de mire, le maillage des réseaux de téléphonie du futur, dont les coûts seront directement supportés par le client, par le biais de sa "box" ; Free le fait déjà avec sa Freephonie) : toute méfiance du peuple endormi, triplons la puissance ! Ca s'appelle le wifi MIMO, et c'est en vente libre dans tous les magasins de France !

Pour les OGM c'était pareil : les premiers OGM étaient garantis stériles, donc aucune contamination possible. Aujourd'hui une loi est passée, et permet un certain pourcentage d'OGM dans les produits bios (c'est déjà le cas, la loi ne fait que légitimer tout ça). Wifi, GSM, OGM, tout ça fonctionne de la même manière : sur le principe de la grenouille. Plongez une grenouille dans l'eau bouillante : elle saute de la casserolle immédiatement et sauve sa vie. Mettez-la dans l'eau froide, et chauffez la casserole petit à petit : vous tuerez la grenouille avant qu'elle n'ait le réflexe de se sauver.

Pour conclure, qu'ajouter ? Le wi-fi est plus cher, moins efficace, et potentiellement dangereux, là où un réseau câblé fait des merveilles pour moitié moins cher. Qui a besoin de surfer au fond du jardin ?

Notes

[1] Un réseau en bus, où tous les clients se partagent le même média, a le désavantage d'être sniffable très simplement (il suffit de dire à la carte de lire tout ce qui passe sur le câble, et pas seulement ce qui lui est destiné), ce qui n'est pas le cas d'un réseau commuté RJ45 (le switch auquel le client est relié n'envoie sur le média que ce qui lui est destiné précisemment).

[2] Les établissements publics ont l'obligation, pour leurs "gros" achats, de passer par un mécanisme d'appel d'offre, sensé éviter les copinages ("tu me construis ma piscine gratis, et je te file le marché pour refaire la rue à côté"), et surtout faire des économies (ça, c'est totalement raté : je n'avais jamais vu des tarifs aussi élevés que ceux "consentis" à un organisme public ; mais ça n'a rien à voir avec ce qui nous pré-occupe aujourd'hui).